Henri Cueco, journal d’un peintre // n°1

La Rosa, 2001
Acrylique sur toile
Henri Cueco
Corrèze, 1929-Paris, 2017

Le musée des beaux-arts a fermé ses portes au public le jeudi 29 octobre à 18h. L’exposition Henri Cueco, journal d’un peintre venait d’ouvrir ses portes, quelques jours plus tôt. Pendant cette nouvelle période de fermeture, une publication par semaine vous amènera – virtuellement ! – dans l’exposition, dans les collections ou dans les coulisses du musée. On débute avec un premier focus sur l’exposition Cueco, dont l’artiste est un acteur majeur de la Figuration Narrative (pour en savoir plus sur la Figuration Narrative, n’hésitez pas à consulter nos anciennes publications).

Cueco a fait de sa vie un véritable journal d’images et de récits, lui qui était tout aussi attentif aux luttes politiques, aux paysages ou à l’histoire de la peinture, qu’aux simples choses du quotidien. Entre 1988 et 1991, il écrit Journal d’atelier, 1988-1991 ou le journal d’une pomme de terre, dans lequel il raconte ses mois d’observation, de passion et de combat avec la patate, dont il a décidé de faire son motif. Il a réalisé plus de 180 « portraits » de pommes de terre pendant cette période. Les pommes de terre ont fait l’objet de longues observations. Cueco en a peint et décrit les nuances chromatiques, le silence, les textures, les creux, les plis terreux, les protubérances, les métamorphoses. Il compare ces portraits de légumes au portrait de la mère de Rembrandt, vieille femme ridée « à la peau terreuse et plissée, blessée », un portrait « boueux, graisseux, au visage craquelé »  subissant le poids des ans. Il étudie différentes races de pommes de terre comme la rosa : « Elle est discrète mais intense à la lumière, la couleur de sa robe est infernale et fait penser à une robe de soirée, un peu cérémonieuse pour la circonstance ». Henri Cueco fait pourrir les pommes de terre dans son atelier pendant des jours et des jours, et personne n’est autorisé à y toucher : « Soyez aimable, madame, lorsque vous ferez le ménage, de vous en tenir au nettoyage du sol, balayez, s’il vous plait, sous le bureau sans toucher à ce qui est dessus ; n’enlevez pas sa poussière, et laissez là les pommes de terre, ne touchez pas au bureau, ne touchez que le sol, ne déplacez pas les pommes de terre, l’idéal serait que vous ne les regardiez pas. J’insiste, ne dérangez les pommes de terre sous aucun prétexte (…) Par pitié laissez mes pommes de terre tranquilles. Je les connais, je les vois chaque jour, elles ont un nom (…) Laissez dormir mes pommes de terre. »

Du chef-d’œuvre de Rembrandt à l’humble pomme de terre, Cueco voyage dans l’espace sans frontière de la peinture en établissant un jeu de correspondances. La pomme de terre porte une dimension politique (symbole du monde paysan, de la classe ouvrière) mais aussi charnelle, érotique, voire maternelle. Elle est le symbole de la vie, de toutes les métamorphoses : «  Ma mère n’était pas à proprement parler une pomme de terre. Pourtant, moi, je rêve souvent que je germe, le corps couvert de fumier et de terre, bienheureux bourgeonnant. Je n’ai jamais vu mon père regarder attentivement une pomme de terre, bien qu’il s’intéressât aux formes voluptueuses des femmes, mon père préférait la courge ».

Lien

CUECO – Chroniques du chapeau noir